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fév
04
2012

Le Malambo, danse virile du gaucho argentin

Hier, j’ai assisté au spectacle Che Malambo à la Salle Ravel de Levallois-Perret et j’ai adoré. Ce spectacle a été réalisé par un français, Gilles Brinas, ancien chorégraphe du Ballet Béjart, qui a découvert le Malambo en 1974. Che Malambo met en scène 14 danseurs de la compagnie Heyoka qui offrent une danse rythmée et extrêmement physique. J’ai trouvé cela impressionnant ! Les danseurs avaient l’air de s’éclater sur scène, tous abordant un splendide sourire alors que leurs pieds et leurs jambes bougeaient dans tous les sens. Il y a eu des moments d’émotion avec les danses pieds nus, des moments d’euphorie avec les duels sacrément virils et des moments à couper le souffle avec les jeux de laceaux et de boleadoras.

Le spectacle se compose en 6 volets : les débuts de la Pampa, Les cavaliers du Nord, Las Boleadoras, Los Bombos, Les cavaliers du Sud et la Célébration.

Cette danse folklorique serait née dans la pampa argentine dans les années 1600. Les gauchos, cavaliers chargés de garder les troupeaux, se seraient mis au malambo afin de rompre avec la solitude des grands espaces. Ces hommes auraient tout simplement commencé à claquer des mains et à taper des pieds, puis y auraient rajouté progressivement la guitare, puis le tambour (el bombo) qui est apparu dans le nord du pays. Le gaucho danse sur une petite surface et sur de la musique sans paroles, et celle-ci ne s’arrête que lorsque le danseur a fini. Ainsi, comme en rumba afro-cubaine qui utilise également les percussions, c’est la musique qui suit le danseur et non pas l’inverse. Dans les années 1900, les gauchos ont commencé à se rencontrer et à faire des duels de zapateado. Les danseurs ne s’arrêtaient que lorsque l’un d’entre eux déclaraient forfait.  Ces rencontres portent le nom de payadas. Les claquements de leurs talons au sol sont alors devenus de plus en plus sophistiqués, signe de puissance et de vigueur pour le danseur qui les exécutaient. Chaque danseur a son propre style et, comme nous pouvons le voir dans le spectacle, les mouvements de pieds sont extrêmement précis et pour le moins incroyables : certains cassent carrément la cheville vers l’extérieur, d’autres peuvent danser sur la pointe des pieds ou, au contraire, sur les talons. En plus de ces jeux de pied qui s’appellent, dans leur ensemble, des mudanzas, le danseur de malambo peut également utiliser des laceaux ou des boleadoras, boules attachées à des cordes que le danseur lance autour de lui et qu’il fait claquer au sol. Cette prestation au laceau et avec les boleadoras est un des passages que j’ai préféré dans le spectacle Che Malambo. Les danseurs ont une telle maîtrise !

Contrairement au tango argentin qui est une danse de couple qui se pratique de façon similaire dans toute l’argentine, le malambo se danse seul et est exclusivement pratiqué par les hommes. Néanmoins, on y retrouve les pivots et les planeos, mouvements où l’homme se retrouve à faire le compas avec sa jambe tendue au sol.

Le malambo a évolué différemment en Argentine en fonction du climat dans lequel vivait le gaucho. D’une part, le malambo dansé dans le sud (ou plutôt au centre du pays) est un reflet de l’isolement des vastes plaines de la pampa. Les gauchos y portent des bottes sans semelle en peau de cheval ou d’âne et des vêtements larges et légers. Il faut savoir que le climat de la pampa est assez tempéré, avec une température moyenne 24°C l’été et 11°C en hiver. Les mouvements sont assez lents et introvertis, davantage tournés vers le naturel et la simplicité que vers l’extériorisation de sa virilité. La musique, pour le coup, est moins entrainante. Dans le spectacle, cette partie est dansée pieds nus. Au son léger du bombo, les danseurs se déplacent lentement sur le sol, en entière harmonie avec la surface et leur corps. Equilibre, écoute, cet instant sur scène était rempli de grâce. A partir de là, on comprend mieux la notion d’être « ancré au sol ». Ces hommes semblaient avoir des mains à la place des pieds…

D’autre part, le malambo du nord a été influencé par une géographie plus complexe, avec de hautes montagnes, un climat plus tropical et un héritage inca très présent. Cela fait que les mouvements de pieds soient plus énergiques et plus rapides. Il faut savoir aussi que les gauchos du nord portent des bottes larges en cuir de vache, avec des semelles épaisses, ce qui donne plus de puissance à leurs talons, et sont vêtus de vêtements plus près du corps, avec des vestes et de panchos. La musique du nord est plus dynamique, plus brutale. Ces distinctions géographiques sont bien représentées dans le spectacle. Au moment où la musique a commencé à s’accélérer, on lisait la passion dans le visage des danseurs, qui étaient à la fête en même temps que le spectateur.

Aujourd’hui, le malambo s’est professionnalisé et s’est exporté, de la même façon que l’a été la capoeira brésilienne. De nombreuses compétitions et festivals de malambo existent dans de nombreux pays. L’évènement le plus important se tient chaque année à Laborde, dans la province espagnole de Cordoba. Ces rencontres sont remplies de testostérone, et les concurrents se prêtent à des combinaisons de pas agiles, rapides et surtout originales.

Je conseille vivement ce spectacle aux amoureux de l’Argentine, et du folklore en général. A travers ce spectacle, on découvre une danse remplie d’histoire, de racines et d’humain. Le spectacle est en tournée dans toute la France et en février-mars en région parisienne.

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