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fév
06
2012

Salsa cubaine ou portoricaine ???

Il existe en France, et peut-être plus particulièrement à Paris, une séparation entre les danseurs de salsa portoricaine et les danseurs de salsa cubaine. Il y a ainsi des soirées pour les uns et des soirées pour les autres, une musique pour les uns et une musique pour les autres, des concerts pour les uns et des concerts pour les autres… et lorsque les danseurs des deux « clans » se retrouvent réunis dans un même lieu, il est plutôt rare de les voir se mélanger. Il peut même arriver qu’un partenaire vous refuse une invitation à danser, parce que la musique diffusée ne convient pas à son style de danse.

La question « Tu es plutôt cubaine ou porto ? », qui peut faire aussi bien référence à la danse qu’à la musique, est devenue habituelle et elle met en évidence la différenciation qui existe entre les partisans de l’un et les partisans de l’autre. Cette segmentation de la salsa, telle qu’on la pratique en France, est-elle réellement universelle et justifiée ou seulement spécifique à notre pays ?

Voici par exemple une vidéo de professeurs de salsa cubaine faisant une démonstration.

A priori il n’y a rien de choquant dans cette danse d’un style purement cubain interprétée avec classe, technique et parfaitement en harmonie avec la musique… sauf que la musique en question est « I Love Salsa » de N’Klabe, un grand tube portoricain ! Cela n’a pourtant pas l’air de gêner le moins du monde ces professeurs de salsa cubaine.

Il semble par ailleurs qu’il y ait en France une certaine confusion avec le terme « salsa portoricaine », associé à un style de musique et un style de danse de manière étonnante.

En ce qui concerne la danse, il me parait tout d’abord restrictif de se limiter à la « salsa cubaine » et à la « salsa portoricaine »… Que fait-on, par exemple, du style de danse colombien, différent des deux autres et que nous oublions bien souvent. De plus, le terme « salsa portoricaine » en France regroupe visiblement plusieurs styles de danses, comme le style L.A. (dansé sur le 1) et les différents styles New Yorkais (dansés sur le 2). Ce terme n’est donc pas très précis et semble plutôt mal choisi, car même si nous pouvons considérer que la communauté hispanique de New York est essentiellement d’origine portoricaine, ce n’est pas le cas à Los Angeles où la plupart des latinos viennent du Mexique.

D’ailleurs, le terme de « salsa portoricaine » pour désigner un style de danse semble être typiquement français et d’autres pays, même européens, utilisent tout simplement le terme de « salsa en ligne », bien plus explicite et ne faisant aucune référence à une région ou une musique spécifique.

Je pense qu’il y a un facteur psychologique important dans l’association que nous faisons entre une musique et sa danse, qui est lié à nos habitudes. De la même manière que nous pouvons être choqués par la voix d’un acteur dans un film doublé en langue étrangère, nous pouvons être choqués par un danseur interprétant un style de danse sur une musique à laquelle on n’a pas l’habitude de l’associer. Même si, bien-sûr, il faut tout de même conserver une certaine cohérence entre la danse et la musique : il serait normal d’être choqué par un couple dansant un slow sur du rock’n’roll.

En ce qui concerne maintenant la musique, l’utilisation du terme « salsa portoricaine » en France semble tout aussi confuse et inadaptée que dans le cas de la danse. En effet, ce terme désigne généralement dans notre pays la salsa dura, instrumentale et proche du Mambo, dont la plupart des chansons proviennent de… New York ! Même si, une nouvelle fois, il y a une communauté portoricaine importante à New York, on ne peut tout de même pas faire l’amalgame entre New York et Porto Rico.

La musique produite à Porto Rico, au contraire, laisse une large part à la salsa romantica, à l’image du dernier tube de Carlos D’Castro, dont voici un extrait :

 

Avouez que c’est un style que l’on n’a pas forcément l’habitude d’écouter dans nos soirées « portoricaines ». Par contre, on entend beaucoup plus ce type de musique :

 

Un très bon tube du groupe « La 33 », qui nous vient de… Bogota, en Colombie ! Un pays qui produit par ailleurs une salsa d’excellente qualité, tout comme le Venezuela que serait même à l’origine du mot salsa pour designer cette musique. Nous voyons bien que dans la musique, comme dans la danse, nous ne pouvons pas nous contenter de tout classer en « cubaine » ou « portoricaine ».

Nous devrions peut-être remettre les choses à leur place : la salsa cubaine est de la salsa jouée par des cubains et la salsa portoricaine est de la salsa jouée par des portoricains, ni plus ni moins. Même s’il existe différents styles musicaux propres à chaque région, comme la timba, typiquement cubaine, la salsa dura ou la salsa romantica, pourquoi associer absolument ces styles de salsa à une danse spécifique ? Pensez-vous que les colombiens, par exemple, dansent avec le style Eddie Torres de New York lorsque l’on diffuse chez eux un tube de La Excelencia ? Certainement pas, comme d’ailleurs dans la plupart des pays d’Amérique Latine où l’on danse selon son propre style, quel que soit le type de salsa.

Qu’un danseur de salsa cubaine ne puisse s’entendre sur une danse avec un partenaire ne dansant que la portoricaine, c’est une chose, mais qu’un danseur de salsa cubaine ne veuille danser que sur de la timba, ou qu’un danseur de salsa portoricaine ne veuille danser que sur de la salsa dura, n’est-ce pas là un comportement un peu trop radical ? Et pourtant, ce n’est malheureusement pas inhabituel dans nos soirées…

En conclusion, notre segmentation actuelle de la salsa serait « artificielle » et pour le coup pénalisante car elle divise un public déjà relativement restreint. S’il est normal d’avoir des préférences pour certains types de musiques et certains artistes, il est tout de même étonnant de ne voir aux concerts de groupes cubains quasiment que des danseurs de salsa cubaine, et inversement lorsqu’il s’agit de groupes New Yorkais.

Il ne devrait finalement y avoir qu’un seul et unique terme pour désigner la musique et la danse que nous aimons : LA SALSA !

1 commentaire

  1. J a dit :

    In Australia we also have that difference between Cuban and what you call in France Puerto Rican salsa (LA salsa for English-speaking countries). We however also recognize and distinguish LA salsa from NY salsa (Mambo) and Cali salsa (Colombian style).

    I partially agree with you when you say that salsa dancers should mix more. However, I have experienced that LA salsa dancers prefer fast paced music as LA is generally danced a bit faster than Cuban salsa. I found myself standing and watching Cuban dancers dance their routines on very slow salsa songs while it was impossible for me to properly do my routines in LA style salsa.

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