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déc
22
2012

Cuba réfléchit au sort du reggaeton

Pour les salseros parisiens, Cuba est le berceau de la salsa et du son. Pourtant, lorsque vous allez là-bas, on est vite gavé par la quantité de reggaeton que les cubains écoutent en soirée. Mise à part dans les villes touristiques comme La Havane, Santiago de Cuba et Trinidad, vous trouverez à Cuba plus de discothèques généralistes qui diffusent 80% de reggaeton que de discothèques de salsa.

Nous vous avions présenté dans notre article Cubaton : du hip hop au reggaeton cubain comment est né le reggaeton à Cuba, ainsi que ses premiers groupes qui provenaient du hip hop. Le premier groupe de hip-hop cubain a été Orishas, qui s’est formé au milieu des années 1990 et qui défendait l’identité noire et ses racines afro-cubaines. Le reggaeton a réellement commencé à Cuba dans les années 2000 avec Cubanito 20.02 et Gente de Zona. A cette époque encore, les sujets traités étaient plus socio-politiques que sexuels, ce qui n’est plus vraiment le cas de nos jours. En effet, en dix ans, de nombreux groupes ont inondé le marché du reggaeton, à Cuba comme dans d’autres pays d’Amérique Latine d’ailleurs, avec des thèmes abordés plus centrés en-dessous de la ceinture que sur des sujets plus graves liés à la société. La façon même de danser des cubains sur ce registre musical n’est que le reflet des paroles évoquant la plupart du temps l’acte sexuel.

La chanson « Chupi Chupi » sortie l’année dernière par Osmani Garcia avec ses paroles controversées a fait l’effet d’une véritable bombe auprès des défenseurs de la culture cubaine. Cette chanson a créé une énorme polémique et même si beaucoup de jeunes ont aimé sa musicalité entrainante, de nombreux cubains, choqués, ont réagi face à ce titre qui vante avec mauvais goût les mérites de la sucette (chupar = sucer en espagnol, d’où le nom de la célèbre sucette Chupa Chups).

Je vous laisse découvrir le vidéo-clip :

« Dame un chupi chupi, que yo lo disfruti, abre la bocuti, tragatelo tuti. Dame un chupi chupi, dale ponte cuqui y apaga la luqui, que se formo el balluqui. »

Le débat ne s’est pas fait attendre auprès des autorités, qui cherchent depuis à mettre un terme à ce sentiment de dégout et de gêne à l’écoute de ce type de paroles considérées comme dégradantes.

Le président de l’Institut Cubain de la Musique (ICM) Orlando Vistel Columbié a dénoncé la semaine dernière la vulgarité du reggaeton, qu’il estime être rempli de « textes agressifs, sexuellement explicites, obscènes, qui dénaturent la sensualité naturelle des femmes cubaines… ». D’après lui, la musique cubaine est tellement riche et précieuse avec la salsa, le son, le jazz, le chant, la rumba, qu’il ne faut pas la confondre avec les styles musicaux  « vulgaires » et « médiocres » qui s’écoutent à travers son pays, le plus dévastateur d’entre eux étant le reggaeton. Il soutient que le reggaeton ne représente en rien l’éthique de la société cubaine, ni ses traditions, ni son caractère, et que ceux qui se prennent pour des artistes en dénaturant de la sorte la culture musicale cubaine devraient être interdits d’exercer leur profession.

L’Institut Cubain de la Musique est en effet en train de travailler sur un texte de loi afin de réglementer l’utilisation du reggaeton dans les lieux publics tels que les restaurants, les bars, les transports de passagers et autres. Ces nouvelles interdictions pour le peuple cubain ne risqueraient-t-elles pas au contraire d’envenimer les choses ? Car la majorité des jeunes cubains sont fans de cette musique et une nouvelle censure pourrait les pousser à la rébellion, enfin, dans la limite de ce qui reste possible à Cuba…En tout cas, voilà une affaire dont on entendra certes encore parler en 2013…

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