«

»

mar
17
2013

Rouge tango, une pensée triste qui se danse et qui s’exprime…

Jeudi dernier, je suis allée voir un spectacle d’un genre assez inattendu de tango-théâtre qui s’appelle ROUGE TANGO. Le metteur en scène Raffaele Salis, de la compagnie Belle Rive Théâtre, y fait jouer deux personnages passionnés mais qui doutent de l’amour qu’ils se portent l’un envers l’autre. Les comédiens-danseurs sont Valérie Choquard et Yves Thuillier. Ils représentent un couple de danseurs de tango, Giorgia et Gianni, qui se questionne sur sa relation. Ils expriment à travers un texte sensuel et parfois poignant leur passion, leurs doutes, leurs peurs, leurs envies, leurs joies, leurs peines, leur rage, leur solitude…

Entre les moments de récit s’intercalent des moments dansés, qui coïncident à merveille avec les sentiments qui viennent d’être évoqués par les comédiens : un tango dans leurs moments de faiblesse et de solitude, une valse dans leurs moments de doutes et de tourbillonnements des émotions, une milonga dans leurs moments de complicité et de bonheur…

Après chacune de ces danses, le couple semble reprendre ses esprits, comme par magie, comme si l’alchimie d’être ensemble ne retrouvait son sens qu’à travers l’abrazo. Les cœurs semblent plus légers, les soucis semblent atténués. Mais très vite, les problèmes du couple resurgissent. Autant l’homme essaye de rester optimiste dans cette aventure amoureuse qui semble ne tenir qu’à un fil, autant la femme parait beaucoup plus fataliste, confuse et désabusée de perdre le contrôle dans cet amour qui s’essouffle et dont la flamme ne se réveille plus qu’à travers la danse. Elle semble en effet retrouver davantage de sécurité et de confort dans les bras de son danseur que dans ceux de son amant, alors qu’il s’agit pourtant de la même personne…

Dans mon article « L’amour survit-il à la danse ? », j’avais évoqué la frontière parfois minime entre l’amour de la danse et l’amour tout court. Lorsque l’on danse de manière passionnée, avec son cœur, on finit par lâcher-prise et par s’abandonner entièrement à son/sa partenaire. On peut rentrer en symbiose et se sentir flotter, comme dans un état de perfection des sentiments, qu’on pourrait à la limite prendre pour des sentiments amoureux, mais ils n’en sont pas. Cela peut être très perturbant car les émotions se mélangent et il devient difficile de faire la part des choses entre les émotions qui se dégagent à travers la danse et l’amour réel qui peut être partagé entre deux personnes.

C’est sur ce rythme-là qu’évolue cette pièce originale, du texte et de la danse, pour évoquer un passage difficile dans la vie d’un couple : le doute. S’il est vrai que certains passages récités peuvent connaitre des longueurs, j’ai été plusieurs fois touchée par ce qui était raconté. N’importe quel spectateur peut effectivement se sentir concerné par une histoire pareille. Les prestations de tango sont très jolies, notamment le dernier tango, le fameux Rouge tango de la dernière chance qui va emmener les deux amants dans leur état le plus pur et le plus entier.

Cette belle création a été jouée à guichet fermé l’été dernier au Festival Off d’Avignon, festival qu’elle va à nouveau rejoindre très prochainement. Je la conseille aux danseurs qui souhaitent s’interroger sur la ressemblance entre la passion dégagée à travers le tango et la passion amoureuse, et aux non-danseurs qui ont envie de découvrir cet univers de danseurs de tango. Par contre, je la déconseille aux personnes qui viennent de vivre une rupture sentimentale douloureuse et qui sont peutêtre encore trop fragiles pour voir un couple déstabilisé sur scène.

Retrouvez les détails et les prochaines dates à Paris ici.

Laisser un commentaire

Votre adresse ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser les balises HTML suivantes : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>