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avr
17
2013

Concha Buika, ambassadrice du flamenco métissé

A l’occasion du festival CHORUS qui se tient à la Défense en ce moment et ce jusqu’au 20 avril, j’ai assisté hier soir au concert d’une chanteuse espagnole apparemment en vogue : Concha Buika. Sa musique est un mélange de flamenco et de soul, mais elle sait aussi y ajouter des sonorités de jazz, de funk et de copla traditionnelle, le tout d’une belle voix roque qui laisse deviner ses origines africaines…

Concha Buika, de son vrai nom Maria Concepcion Balboa Buika, est née en 1972 à Palma de Majorca de parents équato-guinéens. Il faut savoir que la Guinée Equatoriale était une ancienne colonie espagnole d’Afrique. Buika a été élevée par sa mère dans le barrio chino, le quartier chinois de Palma qui est également le plus défavorisé. C’est auprès de marginaux et de gitans qu’elle se met à chanter du flamenco. Une fois majeure, elle part à Londres sans même savoir parler la langue pour essayer de gagner un peu sa vie, en cumulant des petits boulots. Elle arrivera ainsi à payer sa première guitare…

De retour en Espagne, elle chante pour les touristes des chansons africaines qu’elle a adaptées au flamenco pour faire plus local. Ce métissage semble fonctionner puisqu’elle obtient un contrat pour chanter à Las Vegas avec Tina Turner, en anglais cette fois. C’est ainsi que la carrière de l’espagnole est lancée.

En 2000, Buika sort l’album « Mestizüo » avec le pianiste Jacob Sureda, mais son véritable premier album sort en 2005 et s’intitule « Buika ». Elle se fait alors remarquer par le célèbre musicien et producteur Javier Limón qui se chargera de son 2ème album « Mi Niña Lola » qui sera un énorme succès. Dans cet album, le producteur a fait appel à des pointures de la musique qui donneront un aspect flamenco très original et sublime à l’album. La voix roque et suave de la chanteuse se prête à merveille à la poésie ainsi qu’à la révélation d’expériences intimes, voire douloureuses. C’est sans chichis et avec un langage cru que Buika raconte sa vie…On y retrouve son caractère dur et courageux. Le public français la découvrira d’ailleurs à travers cet opus, qui fut 2 fois récompensé aux Latin Grammy Awards et d’un disque d’or.

La voici sur le titre « Mi Niña Lola » :

En 2008 sort son 3ème album « Niña de Fuego », toujours produit par Javier Limón, qui est dédié à la copla, registre espagnol populaire des années 1930 à 1960. Le 4ème album « El Ultimo Trago » sort en 2009 et a des sonorités sud-américaines. Il rend hommage à la chanteuse mexicaine Chavela Vargas pour son 90ème anniversaire et au pianiste cubain Bebo Valdés (décédé récemment à l’âge de 94 ans) à travers la collaboration de son fils Chucho Valdés (lire notre article sur le pianiste et le jazz cubain). Bebo Valdés est dPourtant, quelques années auparavant, la célèbre mexicaine avait refusé que Buika chante à ses côtés mais elle a finalement été captivée par cette voix sombre. Elle la considérerait même aujourd’hui comme « sa fille noire »…

En 2011, Buika chante dans le film « La Piel que habito » de son ami Pedro Almodóvar. Le cinéaste apprécie beaucoup ce qu’elle dégage, ses passions obscures qu’elle chante toujours avec une grande émotion et beaucoup d’originalité. Elle sort cette même année l’album « En mi piel » où se trouvent ses plus beaux morceaux ainsi que quelques titres inédits.

Buika habite aujourd’hui à Miami, ville qui lui rappelle beaucoup le paysage majorquin avec son climat et ses plages. Elle travaille en ce moment sur un prochain album qui nous fera encore entrer dans son univers. Sous des faux airs de cubaine, Buika nous a emporté hier soir à La Défense avec cette voix venue d’ailleurs qui chante un flamenco poignant mêlé à des sonorités africaines. Voilà quelquechose que je n’avais jamais entendu auparavant. Cette fille met le feu sur scène, elle est généreuse avec son public et partage avec lui son brin de folie et toute sa fantaisie. J’étais contente de découvrir cette artiste, qui de plus est était accompagnée par deux fantastiques musiciens, au cajon et au piano. Chapeau d’ailleurs al señor Melon qui a fait des prouesses de latin jazz cubain au piano à la façon d’un Chucho Valdés, excellent !

Voici une prestation de pur flamenco où l’on découvre Concha Buika au naturel, sur « Jodida pero contenta » :

Retrouvez les infos de son prochain concert du jeudi 25 avril 2013 sur notre forum.

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