Ce guide retrace l’histoire d’un instrument à soufflet né en Allemagne et devenu la voix du tango argentin.
On présentera sa filiation avec le concertina, les ateliers qui ont fixé un son de référence et la courbe historique jusqu’à Piazzolla.
Le lecteur trouvera ici une carte claire des manufactures, des mécanismes et des styles qui font sa singularité.
Le timbre typique repose sur deux voix à l’octave; ces sons ont façonné l’expression mélancolique du genre.
Ce texte vise musiciens, mélomanes et curieux en France. Il promet une lecture synthétique, technique et culturelle.
Introduction au bandonéon, symbole du tango argentin
Le bandonéon se joue le plus souvent posé sur le genou. Son principe : un soufflet alimente des anches libres qui chantent en duo. L’une des voix se pose « à plat », l’autre « debout » ; l’octave commune crée un timbre velouté et profond.
Chromatique et large, cet instrument couvre près de six octaves. Il diffère de l’accordéon par ses claviers latéraux en arcs, ses boutons rentrants et l’absence de touches d’accords prédéfinis.
- Facture : anches libres, jeu bi-phonique à l’octave.
- Ergonomie : position assise, contrôle du souffle pour la nuance.
- Polyvalence : répertoires religieux, populaires, jazz et musiques contemporaines.
Le rôle du soufflet est central : il module dynamisme et phrasé. Les différences avec le concertina et l’accordéon tiennent à la couleur sonore et à l’ergonomie, ce qui influencerait les apprentissages des musiciens.
Pour une exploration plus précise de son histoire et de ses ateliers fondateurs, voir histoire du bandonéon.
Origines sacrées en Allemagne: du concertina d’église au “bandonion”
Le point de départ vient d’un Konzertina de Chemnitz qui fournit le noyau mécanique et la logique des claviers. Ce prototype, attribué à carl friedrich uhlig, devient la base d’un nouvel instrument capable d’aller au-delà des limites diatoniques.
Carl Friedrich Uhlig et le Konzertina de Chemnitz
Friedrich Uhlig conçoit un clavier compact et mobile. Sa réalisation facilite le jeu à une main et la juxtaposition de notes en octave. Cette mécanique sert de socle technique pour l’évolution suivante.
Heinrich Band, système de claviers et diffusion initiale
Heinrich Band introduit un système bi-sonore plus vaste et promeut l’outil par des éditions et la marque Band-Union. Son travail accroît la tessiture et rend possible la pratique dans toutes les tonalités.
Un orgue portatif pour les temples protestants
Les communautés cherchent un orgue portatif à coût réduit pour offices et processions. Le nouvel instrument répond à ce besoin en offrant puissance et phrasé adaptés aux chorals.
| Élément | Apport | Conséquence |
|---|---|---|
| Konzertina (Chemnitz) | Clavier compact, mécanique fiable | Base technique pour expansion |
| Heinrich Band (Krefeld) | Système bi-sonore, éditions | Plus grande tessiture, marché structuré |
| Usage religieux | Remplacement orgue/harmonium | Adoption dans cultes puis folklore |
Sans brevet strict, la diversité des modèles se multiplie. Cette pluralité prépare la normalisation ultérieure et favorise l’exportation. Progressivement, le nom bandonion puis bandonéon s’impose comme identité propre.
Qui a inventé le bandonéon ? Paternités, noms et mythes
La naissance de cet instrument résulte d’une chaîne d’artisans plutôt que d’un seul inventeur.
Friedrich Zimmermann fabrique des modèles à Carlsfeld dès 1847. Ses réalisations gagnent en visibilité lors de foires industrielles, citées parfois pour Paris 1849 ou Londres 1851. Ces expositions offrent une vitrine décisive pour la diffusion.
En 1854, le terme bandonéon apparaît en hommage à Heinrich Band, promoteur et éditeur. Aucune des parties ne dépose de brevet. Cette absence de protection stimule la concurrence et multiplie les variantes.
Un relais industriel : la dynastie Arnold
Ernest Louis Arnold travaille chez Zimmermann puis reprend l’atelier en 1864. La transition consolide Carlsfeld comme pôle de facture et ouvre la voie à une standardisation plus tard déterminante pour les musiciens.
Zones d’ombre et légendes : controverses sur les dates d’exposition et l’absence de brevet nourrissent un mythe fondateur pluriel. Pour une synthèse plus complète, consultez histoire du bandonéon.
De l’Europe centrale au Río de la Plata: routes maritimes et légendes
Les liaisons maritimes entre Hambourg et le Río de la Plata ont transporté plus que des marchandises : elles ont porté des pratiques musicales et des instruments vers Buenos Aires. Des marins-musiciens jouaient sur les quais, en mer et dans des tavernes, familiarisant peu à peu les populations locales avec ce son nouveau et expressif.

Marins, ports et quartiers nocturnes
À La Boca et dans les quartiers portuaires, le souffle et la portabilité de l’instrument conviennent aux espaces bruyants : cabarets, maisons closes et bateaux. Ces lieux de sociabilité nocturne offrent un terrain d’essai parfait pour une voix ample et dramatique.
Dates et hypothèses d’arrivée
Les récits diffèrent : certains parlent de 1863, d’autres d’un marin vers 1870, voire d’un achat à La Boca autour de 1900. Aucune preuve irréfutable ne tranche ces versions.
- 1863 — témoignages anciens mais non confirmés.
- 1870 — hypothèse fréquente chez les chercheurs.
- 1900 — récit populaire lié aux ventes portuaires.
La légende, même floue, nourrit l’aura romantique qui entoure cet instrument.
La forte immigration européenne du XIXe siècle a favorisé l’importation d’instruments musique et de répertoires. Peu à peu, après une résistance initiale, l’engouement grandit et prépare l’adoption formelle dans les ensembles locaux. Pour approfondir cette trajectoire vers la culture porteña, voir l’essence du tango.
Adoption à Buenos Aires: naissance d’un son pour le tango argentin
À Buenos Aires, l’arrivée de cet instrument importé change rapidement le paysage musical. Il s’insère dans les cuartetos et transforme le caractère des pièces jouées en milongas.
Du 2×4 de la habanera au 4×8: ralentissement et arrastre
Le passage du 2×4 au 4×8 ralentit le battement. Ce rythme demande un phrasé plus lié et des attaques anticipées, nommées arrastre.
Les respirations du soufflet favorisent un legato et des notes traînées. Cette esthétique façonne la couleur du tango argentin.
Remplacement de la flûte, apparition de l’orquesta típica
Dans les cuartetos, la flûte cède vite la place au bandonéon. Sa puissance et ses voix jumelées en font le timbre central.
| Élément | Rôle | Impact |
|---|---|---|
| Cuarteto | Dialogue guitare/violon/piano | Intégration du bandonéon comme voix principale |
| Orquesta típica | Plusieurs bandonéonistes en fila | Texture épaissie, répertoire standardisé |
| Arrangeurs & profs | Posadas, Ramos Mejía, Chiappe | Normalisation du jeu et diffusion |
Le piano ancre l’harmonie et répond aux lignes du bandonéon. Radios, bals et professeurs locaux accélèrent l’acceptation et créent une grammaire sonore durable.
Maisons, marques et facteurs: ELA, Alfred Arnold et la légende Doble A
La dynastie Arnold transforme un atelier local en une référence exportatrice vers l’Amérique du Sud.
Ernest Louis Arnold reprend l’affaire en 1864. Sous la marque ELA, Carlsfeld devient un pôle majeur de fabrication. Les savoir‑faire locaux se concentrent sur les plaques, les sommiers et les soufflets. Cela assure une stabilité d’accord recherchée par les musiciens.
Ernest Louis Arnold et l’essor de Carlsfeld
ELA installe des chaînes de production modestes et tisse un réseau de sous‑traitants. Les années suivantes, l’atelier gagne en réputation grâce à une qualité constante des anches et de la marqueterie.
Alfred Arnold, “Doble A” et exportations vers l’Argentine
Alfred Arnold fonde sa propre manufacture et crée le fameux Doble A, au son qualifié de « velours ». Dès les années 1920, Emilio Pitzer et Luis Mariani assurent l’export massif vers Buenos Aires.
Sous‑marques, importateurs et standard de référence
Pour contourner des exclusivités commerciales, apparaissent des sous marque comme América et Premier. En 1929, AA lance le modèle 142 voix, rapidement adopté comme étalon sonore.
- Production : séries, contrôle qualité et standardisation des pièces.
- Composants : plaques, anches, sommiers et soufflets sous‑traités.
- Impact : disponibilité accrue en Europe et en Amérique du Sud.
La compétition fraternelle entre Louis Arnold (ELA) et alfred arnold stimule l’innovation. L’apogée des années 1920–30 fige un son de référence. Ce succès prépare aussi le choc des décennies suivantes, quand guerres et nationalisations modifieront la donne.
Entre-deux-guerres: âge d’or de la fabrication et rayonnement en Europe
Les années 1920-30 installent une industrie florissante pour les instruments à anches libres. La production en série se combine à un réseau dense de sous‑traitants pour soufflets, boutons et marqueteries.
Carlsfeld et Klingenthal deviennent des pôles techniques où se côtoient facteur et usine. La standardisation accélère les livraisons vers l’Europe, tandis que la fabrication gagne en finesse.
Une demande européenne portée par la mode
La vogue du tango en France crée un marché neuf. De nombreux accordéonistes chromatiques migrent vers le bandonéon, exigeant des ergonomies adaptées et des claviers revisités.
Collaboration AA‑Péguri : Alfred Arnold répond à cette clientèle en soutenant le système unisonore Péguri. Ce choix facilite la transition sans renier la chromaticité.
- Chaînes d’assemblage et contrôle qualité pour la scène et la radio.
- Finitions variées (nacre, marqueterie) pour un marché exigeant.
- Consolidation du modèle 142 voix comme référence en Argentine.
Les années trente consolident une image glamour. Mais les tensions pré‑guerre commencent à fragiliser cette prospérité industrielle.
Seconde Guerre mondiale et après: nationalisations et déclin
Après 1945, la réorganisation territoriale transforme les ateliers saxons en unités d’État. La Saxe passe en RDA et les priorités industrielles changent rapidement.

De AA/ELA à VEB Bandonionwerk “Harmona”
En 1949 et 1959, les marques AA et ELA sont nationalisées. Elles sont fusionnées sous la bannière VEB Bandonionwerk « Harmona ». La logique d’État privilégie la quantité sur la finesse.
Qualité en baisse et fin de Carlsfeld
Conséquence industrielle : matériaux moins nobles, contrôle réduit et pièces standardisées. Les instruments sortis après 1948 vieillissent mal et demandent plus d’entretien.
| Période | Décision | Impact |
|---|---|---|
| 1949–1959 | Nationalisation AA & ELA | Regroupement en VEB Harmona |
| Post‑1948 | Production d’État | Baisse de qualité, longévité réduite |
| 1964 | Fermeture Carlsfeld | Fin d’un cycle de fabrication |
Les années qui suivent voient une raréfaction des commandes. Le repli du goût pour le genre musical réduit la demande. Les musiciens conservent et recherchent les vieux Doble A sur les marchés d’occasion.
Cette période montre la fragilité des filières instrumentales face aux chocs géopolitiques. Elle prépare, cependant, le terrain pour un renouveau artisanal des décennies suivantes.
Systèmes de claviers: bi-sonore “Rheinische Lage” et uni-sonore Péguri
Différents claviers imposent des logiques de jeu distinctes. Le principe bi‑sonore produit une note différente à l’ouverture et à la fermeture. Le principe uni‑sonore donne la même note dans les deux sens.
En pratique, ces choix influencent la mémoire gestuelle, l’arrangement et la pédagogie.
Parmi les repères historiques, le Rheinische Lage a existé en versions 130 et 142 voix, adoptées par de nombreux musiciens argentins. L’Einheitsbandoneon (1924) a tenté d’unifier les variantes allemandes.
Plusieurs systèmes uni‑sonores ont vu le jour : Péguri (1925), Kusserow (1927) et le Piano‑Bandonion (1906). Chacun favorise une ergonomie propre : symétrie, accords dédiés ou disposition piano.
| Système | Année | Avantage |
|---|---|---|
| Rheinische Lage | 1900s | Idéal pour le répertoire idiomatique |
| Einheitsbandoneon | 1924 | Standardisation allemande |
| Péguri / Kusserow / Piano | 1906–1927 | Ergonomie et facilité d’improvisation |
Rappel utile : tous ces modèles restent chromatiques. La fausse opposition « diatonique/chromatique » concerne le bi/uni‑sonore et non l’absence des demi‑tons.
Ce choix de clavier marque la façon d’enseigner et de construire l’instrument. En France comme en Argentine, les préférences guident la discographie et la pratique de la musique.
Facture et matériaux: caisse, soufflet, mécanique et “voix”
Du choix des plaques à l’alignement des anches, la chaîne acoustique gouverne la voix double du bandonéon. L’air propulsé par le soufflet traverse des clapets vers des sommiers où des anches libres en acier vibrent en duo : une lame « à plat », une « debout ». Ce duo forge le timbre caractéristique.

Plaques et anches
Les plaques peuvent être en zinc ou en duralumin. Le zinc offre durabilité et inertie ; le duralumin rend la réponse plus vive et réduit le poids. Les lames d’acier fixées aux sommiers dictent la réactivité et la longévité.
Soufflet et étanchéité
L’étanchéité du soufflet conditionne la dynamique. Une fuite altère l’attaque et la tenue des notes. La clé d’air permet de gérer pression et respiration musicale sans ouvrir le soufflet.
Mécanique, caisse et projection
Le clavier repose sur leviers et articulations en laiton/acier ; le silence mécanique est un signe de qualité. La caisse en poirier ou palissandre, vernie au tampon, influence l’ergonomie et la projection, surtout côté gauche où la caisse agit comme résonateur.
| Élément | Matériau | Effet |
|---|---|---|
| Plaques | Zinc / Duralumin | Durée vs réactivité, poids |
| Anches | Acier | Timbre, attaque, longévité |
| Soufflet | Carton traité / cuir | Étanchéité, dynamique |
| Caisse | Poirier / palissandre | Esthétique, résonance gauche |
Entretien : contrôler les fuites, aligner les clapets et nettoyer les anches préserve la stabilité d’accord et la précision des attaques. La fabrication et le réglage restent décisifs pour la signature sonore recherchée par les musiciens de tango et la musique contemporaine.
Technique de jeu: mains, soufflet et complexité du clavier
Le jeu demande une cartographie mentale du clavier et un contrôle fin du souffle. Les mains restent sanglées; les pouces restent libres pour stabiliser et, à droite, pour la clé d’air.
Main gauche, basses et accords note à note
La main gauche construit des basses et des accords note à note. On peut assembler jusqu’à huit sons pour créer une texture orchestrale en solo.
Assis ou debout: contrôle du son et projection
Assis, le musicien obtient un contrôle dynamique et des articulations précises. Debout, la posture favorise la projection « rageuse » mais exige une gestion plus rigoureuse du souffle.
Tessiture et indépendance des mains
La tessiture approche six octaves; l’octave commune renforce la richesse harmonique. L’indépendance des mains est essentielle : chaque main repère le même bouton différemment selon l’ouverture ou la fermeture du soufflet.
Conseils d’étude : travail lent, repérage par direction, alternance d’ouvertures/fermetures et exercices d’octaves et de tierces. Contrôler la clé d’air du pouce droit évite les à‑coups et modèle les fins de phrase.
« La maîtrise du soufflet est l’arc qui donne vie à la phrase. »
Grands maîtres et styles: de la Guardia Vieja à la modernité
Plusieurs bandonéonistes ont redéfini le phrasé et imposé des écoles distinctes au XXe siècle. Leur héritage explique comment des choix d’instrument et de technique ont dicté des esthétiques précises.
Pedro Maffia et Pedro Laurenz
Pedro Maffia impose un legato velouté, un rubato travaillé et un arrastre systématique. Sa méthode privilégie la nuance et la couleur mélancolique.
Pedro Laurenz répond par une virtuosité nerveuse. Sa main gauche retrouve une vigueur rythmique et son phrasé devient plus incisif et dramatique.
Aníbal Troilo et Astor Piazzolla
Aníbal Troilo favorise les phrasés liés, souvent en octaves, et un son orchestral dense. Il structure l’orquesta típica par une discipline d’articulation.
Astor Piazzolla révolutionne ensuite le geste : posture debout, attaques percussives et métissages stylistiques. Sa renommée mondiale transforme la perception du répertoire.
Leopoldo Federico et Juan José Mosalini
Leopoldo Federico demeure un maître du timbre et de la ligne, pont entre tradition et modernité.
Juan José Mosalini assure une transmission pédagogique, notamment en France, et propage l’interprétation argentine contemporaine.

« La voix de chaque maître dessine une école, du legato doux à l’attaque tranchante. »
| Maître | Style | Trait distinct | Instrument / préférence |
|---|---|---|---|
| Pedro Maffia | Legato rubaté | Arrastre, nuances | Doble A (son velours) |
| Pedro Laurenz | Virtuosité nerveuse | Main gauche réactivée | Modèles robustes, réponse rapide |
| Aníbal Troilo | Orchestral | Phrasés octavés liés | 142 voix, Rheinische Lage |
| Astor Piazzolla | Nouveau tango | Percussion, métissage | Instruments puissants, scène mondiale |
Ces musiciens ont codifié des standards d’interprétation pour l’orchestre et la musique de chambre. Pour découvrir des interprètes contemporains et ressources pédagogiques, voyez la page dédiée aux bandoneonistes.
Buenos Aires, Paris et au-delà: circulations culturelles et pédagogies
Les échanges musicaux entre buenos aires et Paris ont créé un réseau vivant d’écoles, d’ateliers et de concerts. Ces circulations ont porté pratiques, méthodes et instruments musique vers de nouveaux publics.
Écoles d’Antonio Ríos et Marcos Madrigal
Des pédagogues comme Antonio Ríos et Marcos Madrigal ont structuré l’enseignement. Ils mettent l’accent sur la posture, le contrôle du soufflet et l’indépendance des mains.
Le travail porte aussi sur la lecture, l’arrangement et la pratique en ensemble. Ainsi, les élèves apprennent autant la technique que le style.
Diffusion internationale et métissages
La France devient marché clé dès les années 1920. Le système Péguri, soutenu par AA, facilite l’accès pour les élèves européens.
Dans les années 1980, Olivier Manoury adapte Péguri au répertoire argentin. Le résultat ouvre des collaborations avec le jazz, la world et la musique contemporaine.
- Paris : relais d’exil, tournées et bals.
- Luthiers : s’inspirent des Doble A pour répondre aux attentes des musiciens.
- Astor Piazzolla : catalyseur d’acceptation hors des frontières du genre.
Un public connaisseur et un réseau d’événements consolident ces échanges qui prolongent l’histoire de l’instrument.
Le bandonéon en France: Péguri, Olivier Manoury et renaissance
Dans les années 1920, le système Péguri propose un clavier unisonore, symétrique et pensé pour les accordéonistes. Cette conception rend l’approche plus facile pour les élèves européens et ouvre l’accès aux répertoires variés.
Unisonore “système français” et adaptation au répertoire argentin
Péguri naît d’une collaboration avec Alfred Arnold (AA). Les instruments produits ciblent un marché français et favorisent l’intégration dans les conservatoires.
Dans les années 1980, Olivier Manoury ajuste la tessiture. Il récupère des basses et retouche les claviers pour mieux servir le répertoire argentin, stimulé par la diffusion d’astor piazzolla.
Le résultat : un modèle plus adapté aux besoins d’orchestre et aux pratiques de musique de chambre. Les scènes françaises — bals, festivals et écoles — accueillent ce renouveau.
« Le système français facilite l’improvisation et l’accès à des répertoires non argentins. »
| Aspect | Péguri | Rheinische Lage |
|---|---|---|
| Nature | Unisonore, symétrique | Bi‑sonore, trad. argentine |
| Avantage pédagogique | Plus facile pour accordéonistes | Couleur idiomatique authentique |
| Adaptation au tango | Améliorée par Manoury | Son historique préféré |
Les ateliers et luthiers français maintiennent une offre d’instruments rénovés. Les musiciens français participent activement à la création contemporaine pour bandonéon.
Pour en savoir plus sur l’histoire complète de cet instrument, voyez la page dédiée.
Origine du bandonéon : de l’église au tango — synthèse historique
On peut lire la vie de cet instrument en quatre temps : invention, diffusion industrielle, crise politique et renaissance artistique.
Chronologie clé : 1830 — 1930 — 1980 — plus tard
Vers 1834, Uhlig jette les bases mécaniques. Dans les années 1840‑1854, Band étend la tessiture.
Zimmermann expose à Carlsfeld (1851) ; ELA et AA structurent la production jusqu’à l’âge d’or 1920‑30.
Après la nationalisation (AA 1949, ELA 1959) et la fermeture de Carlsfeld en 1964, la qualité décline.
Le renouveau arrive dans les années 1980 avec astor piazzolla ; plus tard, artisans et profs relancent les modèles historiques.
Pourquoi « il n’a rien de gai en lui » selon Piazzolla
Piazzolla voyait ici une couleur affective profonde. Le timbre velouté et sombre rend les phrases plus dramatiques.
Des accordéonistes italiens adoptent cet instrument pour exprimer des tangos plus mélancoliques.
| Période | Pivot | Impact |
|---|---|---|
| 1830s–1850s | Uhlig / Band | Innovation mécanique |
| Fin XIXe–1930s | Zimmermann / ELA‑AA | Standardisation, 142 voix |
| 1949–1964 | Nationalisations | Choc industriel, baisse qualité |
| 1980s — plus tard | Renaissance (astor piazzolla) | Rayonnement artistique et nouvelles lutheries |
En somme, cette histoire montre comment facture, technique et styles se nourrissent mutuellement. Le rôle social, les légendes maritimes et la pédagogie expliquent la plus grande diffusion.
Conclusion
Cette conclusion rassemble le fil industriel, technique et artistique qui fait vibrer le bandonéon. De l’essor des ateliers ELA/AA à la crise Harmona, puis au renouveau impulsé par Piazzolla et Mosalini, la trajectoire reste frappante.
Techniquement, soufflet, anches libres et sommiers restent au cœur du son. Le choix entre Rheinische Lage (142 voix) et systèmes unisonores illustre l’équilibre entre tradition et innovation.
Écouter Troilo, Piazzolla, Federico et Mosalini aide à comprendre la palette expressive. Pour comprendre l’essor industriel qui a fixé ces standards, voir l’essor.
Le résultat : un instrument dont la puissance émotionnelle traverse la musique du XXe siècle et continue d’inspirer musiciens, ateliers et écoles aujourd’hui.

